Entre solitude et froideur médicale : L'experience déchirante d'une perte de grossesse

Entre solitude et froideur médicale : L'experience déchirante d'une perte de grossesse

Les arrêts naturels de grossesse, souvent nommés fausse couche, représentent une réalité complexe et émotionnellement éprouvante pour de nombreuses femmes. Ces expériences, bien que fréquentes, restent souvent entourées de silence et de stigmatisation. Environ 15 à 20% des grossesses confirmées par test de grossesse se terminent par une fausse couche au cours des 12 premières semaines.

 

Lorsqu'une grossesse prend une tournure inattendue et s'interrompt, les femmes peuvent être confrontées à un mélange complexe d'émotions, allant de la tristesse et de la douleur à la confusion et parfois même à la solitude. Explorer ces moments délicats permet de sensibiliser à la réalité souvent méconnue des arrêts de grossesse, tout en soulignant l'importance d'une approche empreinte de compassion et d'empathie dans le cadre de ces épreuves difficiles.

 

LE TEMOIGNAGE DE RACHEL

 

Je suis maman d’une petite fille et il y a maintenant un peu plus d’un an, son papa et moi avons décidé d’agrandir notre famille. Lorsque je tombe enceinte quelques mois plus tard, je suis heureuse mais je reste prudente les premières semaines. Je sais que le risque que tout s’arrête existe. Ma voisine vient de m’apprendre que sa grossesse s’est arrêtée. L’ombre de la « fausse couche » plane au-dessus de moi. Le premier mois passe, puis le deuxième. J’entre dans mon troisième mois et je m’autorise enfin à me projeter. Dans quelques jours, le risque diminuera fortement. J’ai beaucoup de nausées et d’aversions alimentaires. Aucune douleur, pas de perte de sang. Pour moi c’est le signe que la grossesse se passe bien. Je le saurais, s’il y avait un problème, non ? Malheureusement, lors de ce qui aurait dû être ma T1, je comprends avant même que la sage-femme ne me le dise : c’est fini. Pour ma première grossesse, j’ai des souvenirs de la T1 où je me demandais comment un bébé pouvait bouger autant sans que je le sente. Alors ce bébé qui ne bouge pas, ça me saute aux yeux. La sage-femme m’explique la suite avec beaucoup de douceur. Moi, je ne suis déjà plus là, perdue dans cet espace temps entre « je viens pour voir mon bébé » et « je suis désolée, le cœur s’est arrêté ». Je me rends aux urgences gynécologiques pour confirmer l’arrêt de la grossesse. Je demande à faire une autre échographie —la sage-femme m’avait expliqué qu’ils m’en feraient probablement une pour confirmer— mais la gynécologue ne semble pas vouloir. Elle est froide, pressée. J’insiste. Non pas parce que j’ai espoir qu’elle trouve un battement de cœur, mais parce que je voudrais lui demander un dernier cliché. Comme la sage-femme a brusquement arrêté l’échographie, je n’ai qu’une photo, de mauvaise qualité.  La gynécologue cède pour l’échographie. Tourne l’écran vers elle pour que je ne vois rien, alors que moi j’aurais aimé le voir une dernière fois. Et elle lâche : « il n’ y a aucun doute, ÇA ne bouge pas ». Elle enlève rapidement la sonde. Je n’ose pas lui demander de cliché. Elle me donne un rendez-vous pour un curetage deux jours après. Elle m’explique que je dois voir l’anesthésiste en vue de l’anesthésie générale. Je lui demande si une locale est possible. Elle me rétorque « être endormie c’est mieux pour vous ». Ah, parce qu’elle croit savoir ce qui est mieux pour moi ? Alors pourquoi est-elle si froide, pourquoi parle-t’elle de ce bébé comme si ce n’était qu’une vulgaire chose ? Pourquoi ne m’a t’elle pas demandé si je souhaitais le voir une dernière fois ? Elle est loin de savoir ce dont j’ai besoin. En sortant elle me dit de m’enregistrer au bureau des admissions. Je lui demande de m’indiquer où il se trouve et elle me répond : « mais vous avez accouché là il y a trois ans ou pas ? ». Merci de souligner que je suis effectivement déjà venue ici, dans un tout autre contexte, mais qu’aujourd’hui je ne ressortirai pas avec un bébé. Au lieu de ça, je rentre chez moi, avec la mort au creux de mon ventre. Terriblement seule et honteuse. Peut-être que j’en fais trop, si pour tout le monde ce qui m’arrive semble banal, ou pas si grave. Le jour du curetage, je descends au bloc opératoire. Les infirmières me préparent et font toutes preuve de douceur envers moi. Allongée sur cette table froide, je réalise que ce que je vis est bien réel. Je m’effondre. Une infirmière me demande alors « pourquoi vous pleurez madame ? ». Je ne sais plus ce que je réponds. Elle enchaîne : « vous êtes jeune, on se revoit l’année prochaine en salle de naissance cette fois ». Je sais que ses mots partaient d’une bonne intention, mais sur le moment, je ne me sens pas écoutée. J’ai le sentiment que ce que je ressens est balayé d’un revers de main. L’anesthésiste arrive et restera près de moi en me tenant la main pendant toute la durée de l’opération. Son geste, à mes yeux, vaut mille fois les tentatives de réconfort de l’infirmière qui m’a demandé pourquoi je pleurais. La gynécologue entre dans la salle. Je ne suis pas endormie, pourquoi ne me dit elle pas bonjour ? Je me sens comme un vulgaire morceau de chair, les jambes en l’air écartées dans les étriers. Je repense au sens du mot « patiente » et me rends compte que c’est bien cela que je suis, une patiente de plus. Ce qui m’arrive est entre ses mains, je n’ai pas mon mot à dire. Je n’ai qu’à attendre. Pourtant je voudrais lui demander ce qu’ils vont faire du fœtus. Comment vont-ils traiter son petit corps ? Et surtout, je voudrais lui demander une dernière photo (avant de commencer l’intervention elle doit réaliser une échographie). C’est ma dernière chance. Mais comment lui demander ? Sa froideur la rend inaccessible, l’intervention commence, ce n’est plus le moment. Une fois l’intervention terminée, elle quitte la salle sans dire un mot. Je suis pourtant réveillée, depuis le début. Lorsqu’elle vient me voir en chambre elle me dit : « tout s’est bien passé, mais comme vous étiez réveillée, ça vous le savez ». Son attitude me glace le sang. Elle semble faire preuve d’un peu plus d’empathie quand je lui demande s’il y a un délai pour reprendre les essais bébé. Mais le mal est fait depuis trop longtemps. Je rentre chez moi, vide. Avec mon ventre dégonflé comme un ballon et sans les nausées qui m’accompagnaient encore le matin même. Aujourd’hui encore, plus de huit mois après, je pense à ce bébé que j’ai perdu. J’imagine son petit corps et me demande comment il a été traité. Je l’ai porté pendant trois mois, mais visiblement cela lui donne le droit de n’être considéré que comme une « pièce et un déchet anatomique ». Je sais que pour beaucoup et aux yeux de la loi, ce bébé n’en était pas un. C’était au mieux juste un fœtus, au pire une tentative ratée. Mais pour moi, et pour bon nombre de personnes qui le vivent, cette vie qui s’arrête brusquement avait davantage de valeur. Je tenais vraiment à témoigner car j’espère qu’un jour les arrêts naturels de grossesse seront considérés avec davantage de douceur et d’empathie. Trop de femmes vivent cela seules et en silence non pas par choix mais parce qu’elles ne trouvent pas d’oreille bienveillante à qui se confier et parce que le sentiment de honte les empêche souvent de chercher le soutien dont elles auraient besoin. Cela m’est insupportable car je sais combien ces arrêts de grossesse sont des épreuves qui peuvent marquer à vie. 

-Rachel @unquinzefevrier

 LES ARRETS DE GROSSESSE UNE OMERTA 

L'univers de la maternité, pourtant source de joie et d'attentes heureuses, reste teinté de silences pesants et de tabous tenaces, notamment en ce qui concerne les fausses couches. Bien que cette réalité touche de nombreuses femmes, le sujet demeure souvent relégué dans l'ombre, enveloppé d'un voile de silence. Les fausses couches, événements délicats et souvent douloureux, sont encore trop souvent méconnues et peu discutées au sein de la société. Cette omerta entourant ces expériences difficiles laisse les femmes vivant ces situations dans une solitude émotionnelle, renforçant ainsi l'importance de briser ces tabous pour instaurer une compréhension collective et offrir le soutien nécessaire. Dans ce contexte, il est crucial de prendre conscience de la nécessité d'ouvrir des discussions franches et bienveillantes sur ce sujet, tant au sein des cercles médicaux que dans la sphère publique. 

La nécessité de lever les tabous entourant les arrêts naturels de grossesse et de favoriser la prise de parole des femmes sur ce sujet délicat est impérative, tant au niveau médical que sociétal. Trop souvent relégués dans le silence et la solitude, ces événements impactent profondément la vie des femmes, nécessitant un espace d'expression et de soutien. Sur le plan médical, la normalisation de ces discussions au sein des consultations gynécologiques et obstétriques pourrait contribuer à une prise en charge plus humaine et adaptée. Les professionnels de la santé, informés et sensibilisés, pourraient ainsi offrir un accompagnement attentif aux femmes vivant ces expériences. Sur le plan sociétal, briser le tabou entourant les arrêts de grossesse permettrait d'ouvrir des dialogues francs et bienveillants. Encourager la prise de parole des femmes dans la sphère publique contribuerait à créer une compréhension collective de ces réalités souvent tues. En favorisant la communication ouverte et en offrant des plateformes d'échange, la société pourrait s'engager vers une plus grande empathie envers les femmes traversant ces épreuves, renforçant ainsi le tissu social et médical qui les entoure.

LA FROIDEUR DES SOIGNANTS: UN SYMPTOME D 'UN SYSTEME DE SANTE QUI S'ECROULE?

La Froideur des Soignants : Symptôme d'un Système de Santé Qui Vacille ?

Dans l'univers complexe de la santé des femmes, un sujet délicat mais crucial reste souvent dans l'ombre : la prise en charge des arrêts naturels de grossesse. Le témoignage poignant de Rachel révèle une réalité souvent négligée, où la froideur des soignants semble être le reflet d'un système de santé sous tension.

Replongeons dans le témoignage de Rachel, confrontée à l'épreuve d'un arrêt de grossesse. Lorsqu'elle se tourne vers les professionnels de la santé, elle se heurte à une froideur déconcertante, illustrant peut-être les failles profondes de notre système de soins.

Ce constat soulève une question essentielle : la froideur des soignants est-elle un symptôme d'un système de santé qui s'écroule sous le poids de ses propres contraintes ? Les professionnels de la santé, pris dans un tourbillon de tâches et de responsabilités, peuvent-ils toujours offrir l'empathie nécessaire face à des situations aussi délicates ?

Cet exemple met en lumière les limites d'un système où la charge de travail semble primer sur la compassion. Dans un contexte où le temps est une ressource rare, les soignants peuvent paraître distants, engloutis par une réalité professionnelle exigeante. La froideur observée ne serait-elle pas alors un cri de détresse d'un système de santé malade ?

Il est crucial de ne pas pointer du doigt individuellement les soignants, mais plutôt de se pencher sur les causes sous-jacentes de cette froideur apparente qui marque à jamais les patients dans des moments cruciale voir tragique de leur vie. La question de la charge de travail, des conditions de travail et du manque de ressources semble être au cœur du problème. Comment peut-on attendre de soignants surmenés qu'ils fournissent un soutien émotionnel adéquat dans des moments aussi sensibles ? Nous devons agir vite pour que plus aucune femme ne se sente comme "un vulgaire morceau de chair, les jambes en l’air écartées dans les étriers. " comme Rachel l'a malheureusement éprouvé!

Repenser le système de santé dans son ensemble devient impératif. Cela englobe la nécessité de revoir les formations des soignants, en mettant davantage l'accent sur l'empathie et la prise en charge globale des patients. Des changements structurels sont également nécessaires pour alléger la pression qui pèse sur les épaules des professionnels de la santé.

En définitive, la froideur des soignants, mise en lumière par ce témoignage poignant, peut être envisagée comme un appel à l'action. Un signal d'alarme résonnant dans un système de santé qui doit évoluer pour mieux répondre aux besoins émotionnels des patients, particulièrement lorsqu'ils font face à des épreuves aussi intimes que la perte d'une grossesse.

LA FORMATION DES PROFESSIONNELS DE SANTE

La cause de la froideur médicale est multifactorielle et ne peut être seulement expliqué par un système de santé qui vacille et une surcharge de travail lié à un manque de personnel. Il faut aussi d'interroger sur la formation des soignants concernant ces situations délicates.

Lorsqu'il s'agit de l'accompagnement des femmes traversant des arrêts naturels de grossesse, la froideur déconcertante de certains professionnels de la santé soulève des questions cruciales sur la nécessité d'une approche plus compatissante dans le domaine de la santé féminine. Imaginons un instant une scène où un gynécologue, au lieu de saluer chaleureusement une patiente confrontée à une perte tragique, reste impassible, refusant même des demandes simples telles qu'une dernière photo du fœtus. Cette expérience désolante met en évidence l'urgence de former les praticiens à adopter une attitude plus humaine, centrée sur l'écoute et l'empathie. Les moments délicats comme ceux-ci nécessitent une connexion émotionnelle, une reconnaissance des tourments de la femme et des réponses respectueuses à ses besoins spécifiques. Une telle approche ne servirait pas seulement à améliorer le bien-être émotionnel des femmes, mais également à remodeler notre vision de la santé féminine vers une dimension plus compatissante et holistique, où la confiance et le soutien psychologique sont des piliers essentiels.

Au travers du témoignage de Rachel, on comprend la nécessité impérative de dispenser une formation complète aux professionnels de la santé, dont les médecins, les sages-femmes et les gynécologues, pour leur permettre d'offrir une prise en charge empreinte d'une profonde empathie vis-à-vis des femmes vivant des arrêts naturels de grossesse. Ces moments délicats et souvent éprouvants requièrent une sensibilité particulière de la part des professionnels de la santé, étant donné que les femmes traversent une palette émotionnelle complexe lorsqu'elles font face à une perte de grossesse. Ainsi, une formation axée sur l'empathie pourrait inclure le développement de compétences en communication sensibles, la reconnaissance attentive de la souffrance émotionnelle des patientes et la compréhension approfondie de leurs besoins individuels pendant cette période difficile.

L'approche de formation devrait encourager la création d'un environnement de soins empreint de respect et de dignité, visant à reconnaître le vécu spécifique de chaque femme confrontée à cette épreuve. En investissant dans la sensibilisation à la dimension émotionnelle de la fausse couche, les professionnels de la santé pourraient favoriser la mise en place de stratégies respectueuses, visant à offrir un soutien psychologique significatif aux femmes touchées. Une telle formation pourrait également intégrer des méthodes visant à faciliter la communication empathique, à renforcer la capacité d'écoute active et à aborder les questions délicates de manière dénuée de jugement, contribuant ainsi à créer un environnement de soins plus chaleureux et humain.

Dans le contexte de la santé des femmes, cette approche plus holistique et empathique serait non seulement bénéfique sur le plan psychologique, mais également un pas vers la construction d'une relation de confiance entre les femmes et leurs professionnels de santé, favorisant ainsi un bien-être global.

 

-TABOU MAGAZINE

 

Écris par Yami International, sage-femme et rédactrice en chef de TABOU MAGAZINE,  Retrouvez-la sur InstagramTikTok et YouTube à @yamiinternational.
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